" L'amour Siamois "
" L'amour Siamois "

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Père Noël
Père Noël

Papier mâché et accessoires. Hauteur 74 cm Largeur 67 cm Profondeur 65 cm

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Véronique Chambeau " Poulaine "
Véronique Chambeau " Poulaine "

Poulaine en papier mâché L 32 cm l 11 cm H 17 cm

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" L'amour Siamois "
" L'amour Siamois "

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1/63

Quand j'étais enfant, je voulais être fée.

Je suis née le 9 novembre 1962 à Versailles.
Mon accent plus ou moins notable selon les circonstances vient de la région Toulousaine, où j’ai été élevée jusqu'à l'âge de 17 ans, âge auquel j'ai quitté le joug parental. 

 

A la fois fille unique et soeur aînée, étouffée dans le corset familial des préjugés et du regard de l'autre, le rêve et la solitude chevillée au ventre sont devenus mes meilleurs compagnons et au fil des années, ma carapace. La créativité s'est révélée très tôt, me permettant d'échapper à un monde qui ne me correspondait pas. Rêver, imaginer, inventer, créer me laissaient entendre que rien n'est jamais acquis ni définitif, que j'ai le contrôle sur mon propre bonheur, qu'il est à portée de ma main et que pour le construire, il me suffit de regarder autour de moi.
En quête rarement assouvie d'émotions fortes, intriguée par l'inconnu, attirée par la différence, j'ai eu l'occasion de vivre de longues périodes dans quelques pays étrangers avant de me poser en Normandie, dans le Calvados, depuis plusieurs années.

 

Après un bac littéraire et plusieurs voyages, j'ai été formée à l'École Boulle pour le dessin où les commentaires dévastateurs du professeur ont eu raison de mon intérêt pour le crayon : je n'ai plus jamais dessiné (sourire).

C'est à Barcelone que j’ai découvert la technique du papier mâché, en suivant des cours d'Art Déco auprès d’un professeur Colombien. Ce fut « LA » rencontre : humaine, émotionnelle, technique. Déterminante. Ce matériau est immédiatement devenu le prolongement de ma main. Depuis 1993, il est le fil conducteur de chacune de mes créations. C'est un sentiment très étrange que cette sensation d'accord avec une matière, identique à celle que l'on peut ressentir avec un individu. J’ai mis très (très) longtemps à comprendre ce qui me portait à recouvrir mes armatures pendant des heures, des jours, des semaines, de ces bandelettes plus ou moins rectangulaires, en répétant ce même geste, inlassablement, avec régularité et précision ... J’ai fini par comprendre que ces morceaux de papiers caressés de colle pour s'assembler en formant des superpositions de couches ne sont rien d’autres qu’autant de pansements déposés sur une structure qui n’est elle-même rien d’autre que moi-même à chaque fois tout en n’étant pourtant jamais la même. 

Mes sculptures en papier mâché, tantôt gigantesques ou quasi fantasmagoriques, tantôt aussi fines par leur style que torturées par la matière exploitent un art qui sublime les divers traumatismes et qui permet de renaître par le geste.

Celui-ci annihile un état ravageur pour construire un monde enchanteur au travers d’un traitement du média utilisé qui se révèle très personnel. On me reconnait pour mes patines, qui sont ma marque de fabrique, mais personne ne sait jamais, quel sera le prochain projet car l’ensemble du travail reste éclectique.
Les créations sont variées car chaque projet est unique : réalisé dans l’intimité de l'atelier je me mets systématiquement au défi de créer une pièce dont la personne qui la choisira puisse se dire : « Cet objet est fait pour moi » ou « Il m’attendait. ». Qu’il s’agisse d’une commande ou d’une pièce déjà réalisée, le challenge est mon moteur, qui me pousse en premier lieu à ne pas me répéter afin de ne pas lasser, pour toujours surprendre et séduire.

 

L'exploitation de ce matériau me permet d'en intégrer d'autres, abandonnés ou voués au rebut. Mêler le papier au plastique, au métal, au bois, au polystyrène, à tant d'autres supports me permet de démontrer que tout peut s'unir et que chacun de nous a la possibilité de créer son propre paradis avec ce qui est à portée de main. L'ensemble de ce travail me réconcilie avec mon enfance : je répète encore et encore, inlassablement le même geste/discours. Les matériaux/les êtres peuvent s'unir dans leurs différences. Les réalisations révèlent le trop plein intérieur, il traduit ce que mes mots ne savent ou ne peuvent exprimer. La feuille de papier, fragile, se renforce au fil des superpositions d'assemblages : là encore, on retrouve la fragilité et la force de tout être humain. Ensemble, nous pouvons accomplir de grandes et belles choses.

Au delà d'une multiciplicté de lectures personnelles, le papier mâché, ouvre grand la porte vers un imaginaire illimité, sans frontière ni tabou. Partir de rien ou de pas grand-chose pour imaginer, construire, élaborer : c’est partir à la découverte de l’inconnu ; c’est s’enrichir d’expériences sans cesse renouvelées ; c’est toujours tout remettre en question ; c’est se demander si finalement l’essentiel n’est pas ce que l’on possède mais ce que l’on n’a pas ...

Si je travaille le papier mâché depuis 1993, mes premières expos n'ont eu lieu qu'à partir de 2005. Adepte de l'économie circulaire depuis toujours, bien avant qu'elle ne devienne l'un de nos enjeux prioritaires, j’ignorais totalement le concept et je pratiquais l'upcycling sans le savoir : depuis trois décennies, j'essaie de faire du beau avec du moche !

Depuis 2015, je suis membre de l’association Normandie Métiers d’Art. En 2018 j'ai intégré l’Académie des Arts de Lisieux,. Ce sont deux associations qui m'ont aidée à grandir et à me développer, même s'il m'arrive encore très souvent de me sentir illégitime face à certains collègues que j'admire profondément.

Aujourd'hui je suis grande et je veux toujours être une fée.


Véronique.Chambeau