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Créer face au plagiat : et l’âme dans tout ça ?

Je viens de découvrir le témoignage de Nolwenn Denis dans Le Figaro. Dire que cela m'a interpelée ? C'est un peu faible. Choquée ? Oui, c'est certain. Mais pas pour de mauvaises raisons. Epatée, c'est sûr, par le courage de cette artiste qui au-delà de dénoncer le vol massif de ses œuvres, copiées sans autorisation et revendues à prix cassé sur des plateformes comme Amazon, Shein, Temu ou Aliexpress, se fait le reflet d'une blessure trop connue et si rarement exprimée.

J’y ai lu bien plus qu’un simple cas de copie industrielle.

Dans l'article, cette illustratrice bordelaise raconte comment certaines des plateformes mentionnées reprennent directement ses visuels avec filigrane, ou comment d'autres utilisent l'intelligence artificielle pour en générer des variantes "dans son style". Comment, en somme, elle est pillée. Effacée. Et elle le dit haut et fort.



Nolwenn Denis est  une illustratrice plagiée par Amazon, Shein et Aliexpress - Article du journal leFigaro
Nolwenn Denis est une illustratrice plagiée par Amazon, Shein et Aliexpress

Ce que décrit Nolwenn Denis, c'est ce que vivent souvent de nombreux artistes également à d'autres échelles. Parfois, ce ne sont pas des multinationales qui dérobent une identité créative, mais des personnes bien plus proches. Une "collègue", un voisin d'expo, une autre artiste qui se glisse dans vos traces, reproduit vos gestes, s'imprègne de votre style, de vos mots, de vos outils de communication, sans jamais le reconnaître.

Ce silence-là blesse tout autant. Et il est d'une violence inimaginable. Parce qu'il est intime. Parce qu'il agit de l'intérieur.

Car il n'y a pas que les systèmes automatisés ou les plateformes pour vampiriser un style. Il arrive aussi qu'on vive cette violence dans le même village, sur le même stand, sous les mêmes projecteurs. Dans le même silence pesant. Avec l'aval de tous : public, organisateurs, autres collègues ...

Faut-il se battre ? Faut-il nommer, comme l'a fait Nolwenn Denis ? Réagir publiquement, réclamer justice ? Peut-être. Pour certains, c'est un choix vital, plutôt courageux à mon sens, nécessaire.


D'autres choisissent la voie discrète : celle de continuer à créer, à affirmer leur singularité, à déployer leur travail dans la durée. Sans bruit. Sans confrontation directe : parce que leur œuvre n'a pas à se défendre, mais simplement à exister pleinement, loin des querelles.


Faut-il nommer pour exister ?

Ou le silence peut-il être une réponse ? C'est une question qui m'accompagne ponctuellement, je l'avoue. En particulier depuis l’époque Covid, qui a vu fleurir bon nombre d’initiatives artistiques opportunistes, nées de l’ennui ou de la surconsommation visuelle en ligne. Je ne crois pas qu'il y ait de méthode unique, ni de posture plus digne qu'une autre. Chacun réagit comme il peut. Chacun s'élève comme il veut. Mais je suis vieux jeu. Figurez-vous que j'ai été élevée avec des valeurs d'un autre temps. Je crois fermement à la force de ce qui est juste.

Pour aller plus loin :

Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre les nuances légales entre inspiration, copie et contrefaçon, je partage aussi ce lien utile : S’inspirer, copier, répliquer : quelles sont les différences juridiques ?

Finalement ...

Ce sujet m'a vraiment touchée, car il fait écho à des choses vécues. Je crois qu'il touchera de la même façon celles et ceux qui créent avec sincérité. Je n'ai pas toutes les réponses, bien sûr. Ces quelques mots ne changeront pas la face du monde artistique. Mais j'avais envie de rendre hommage au courage de Nolwen Denis et à toutes celles et ceux qui créent sincèrement.

Copier ce qu'on aime n'est pas le problème. C'est oublier d'y mettre son âme qui l'est.

Et si j’ai ressenti le besoin d'en faire un billet sur ce blog c’est aussi parce qu’après l’écho de la blessure, il reste encore tant à dire. Sur le regard des autres. Sur la vraie valeur d’un geste. Sur ce qu’il nous reste, quand il ne nous reste que notre vérité. Peut-être un jour, j’en reparlerai… Merci de m'avoir lue.

Sculpture en papier mâché

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