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La réinvention ... de soi ?

(Après « Jenny from the Block », voici « Vero from the Garbage » ! 😂)

On me parle souvent d’écologie, de « démarche durable » ou de concepts à la mode. Pour me faire comprendre, je dois jouer le jeu du narratif. Et pourtant ... pourtant, d'une manière générale, ces mots sont bien extérieurs à ce que je ressens et à ce que je veux exprimer. Ce que je fais n'est pas une posture, et certainement pas une leçon de morale. C'est, en toute simplicité, une manière d'aborder le monde.

Paul et Lucie, de France 3 Normandie, sont venus à ma rencontre. Ils ont su mettre une lumière et un son particulièrement justes sur mon activité, et je les en remercie. Voici ce moment de partage :

Ce que vous voyez dans ce reportage est bien plus archaïque qu'un simple sujet télévisé. C’est une respiration de chaque seconde. Une nécessité vitale de voir la beauté là où l’on a appris à ne plus regarder. Et un peu de bon sens. Quand, il y a trente ans, à Barcelone, je ramassais déjà ce que les autres ignoraient, on me regardait avec une petite condescendance. J'entendais très souvent : « ¡Ja! ¡Ja! ¡Es divertido! ». On me trouvait « amusante », c’était « drôle ». Derrière les sourires polis, il y avait l'incompréhension d'une démarche que je portais comme une urgence. Et je ne savais même pas pourquoi.

Aujourd’hui, les regards ont changé, les caméras s’allument, et ce qui était perçu comme une excentricité est devenu une évidence pour beaucoup. Je ressens un immense plaisir à voir les consciences évoluer. C’est une joie particulièrement apaisante de constater que le monde commence enfin à respirer au même rythme que mon atelier. Et qu'à 63 ans, je me sens enfin un peu moins décalée du monde qui m'entoure ...

Si je suis si attachée à transformer la matière, c’est sans doute parce que j’ai moi-même longtemps souffert de n’être perçue que comme une enveloppe. Une image figée. Une fonction. Tour à tour, la « fille de », la « femme de », la « mère de »… Autant d’étiquettes qui, comme des couches de papier collées les unes sur les autres, masquaient l'être véritable.

On nous réduit trop souvent à notre surface, à notre apparence esthétique, à ce que nous représentons socialement. Je crois que mon travail est une réponse à cela : gratter la surface, déchirer l'étiquette, pour révéler la structure intérieure, celle qui ne dépend d'aucun rôle.

C’est là que le papier devient ma plus belle analogie. Regardez-le bien, ce petit bout de papier. Touchez-le. Pesez-le. Seul, il est si dérisoire. Une goutte d’eau le délite, un souffle le déchire ou il se perd, quelque part. Il est l’image même de notre vulnérabilité quand nous sommes isolés dans nos rôles ou nos solitudes.

Ma pratique consiste à entremêler ces fragilités. En superposant les couches, en laissant les vécus, les cultures et les origines se nourrir les uns des autres, la matière change de nature. Le papier s’oublie pour devenir une écorce. Il devient dur comme le bois, solide comme un roc.

Et c’est exactement ce que nous sommes, au-delà des apparences. Seuls, nous sommes des feuilles éparses. Ensemble, dans l'entrelacement de nos histoires, nous acquérons une résistance qui nous dépasse. On réalise alors que l'accès au bonheur demande du courage.

Ce courage, je ne l'ai pas porté seule. Si j’ai pu persévérer pendant toutes ces années, c’est grâce au soutien indéfectible de mon entourage. C’est, au fond, leur courage à eux qui est à l’origine de ma persévérance. À ceux qui m'ont tenue debout quand le papier était trop fin, je veux exprimer ma gratitude infinie. S'ils me lisent ici, j'espère qu'ils se reconnaîtront tous. Faire du beau avec du moche, c'est ma devise. Mais entendez-moi bien : je ne cherche pas à faire du « beau » pour " faire joli", pour décorer. Il s'agit avant tout d'une quête de sens. Redonner vie à un objet délaissé, c’est affirmer que rien (et surtout personne) n’est jamais définitivement inutile ou coincé dans sa première enveloppe.

C’est un regard sur ce qui est en devenir. C'est une manière d'aborder le meilleur de tout. Je n'enseigne rien. Je n'impose rien. Je vous invite simplement à voir que nous sommes tous, derrière nos fonctions sociales, des matériaux précieux capables de se lier pour devenir indestructibles.

Véronique Chambeau

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2 commentaires

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Marie Provence
il y a un jour

Bravo et contente de ce renouveau On ressent bien dans tes œuvres d'art la recherche d'une quête intérieure. je crois que tu l'a trouvé, la roue tourne et il faut parfois patienter pour arriver enfin à se réaliser complétement, et réaliser ton rêve, enseigner ton art avec tes ressentis.Je suis très fière de toi et de ton parcours. Bonne journée et gros bisous d'Espagne.

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Veronique Chambeau
Veronique Chambeau
il y a un jour
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Merci Marie pour ta résonnance. Ton commentaire me touche énormément. Merci d’avoir pris le temps de poser ta douceur dans cet espace. ✨

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